Une nouvelle planification financière pour de nombreux Canadiens

CPA Canada

L’« incertitude instrumentalisée » derrière une redéfinition des priorités économiques d’un océan à l’autre.

Pas moins de 83 % des Canadiens ont modifié leurs plans financiers en réaction à l’incertitude économique qui prend de l’ampleur au pays et à l’étranger, selon une nouvelle enquête de CPA Canada sur la question. Publiée en collaboration avec BDO Solutions à l’endettement, cette enquête, lancée en février, visait à mesurer le niveau d’inquiétude à l’égard de l’économie canadienne. Turbulences transfrontalières et tensions commerciales avec les États-Unis, affaiblissement prolongé du huard… devant tant de volatilité, les Canadiens ont peur pour leur budget, constate-t-on à la lumière des résultats de l’enquête, et dans la majorité des cas, les décisions financières motivées par ces craintes ne sont pas des plus judicieuses selon les experts de CPA Canada.  

« L’instabilité ambiante se répercute sur les décisions financières partout au pays », résume David-Alexandre Brassard, économiste en chef de CPA Canada, qui y voit une panique découlant d’une « incertitude instrumentalisée » dans toutes les tranches d’âge et de revenu. Les répercussions directes de la conjoncture sur les perspectives financières mentionnées par trois répondants sur quatre témoignent du besoin criant de protection des finances. 

La réduction des dépenses, adoptée par 66 % des personnes sondées, ressort comme première stratégie pour faire face à l’incertitude économique. Or, les experts soulignent que cette mesure ne suffit pas à elle seule : à peine 24 % des répondants accordent la priorité au remboursement de leurs dettes, pourtant un des principaux déterminants de la stabilité financière à long terme.  

« C’est bien de réduire les dépenses, mais si on ne s’attaque pas à l’endettement, le stress financier ne fera que s’aggraver, signale Nancy Snedden, CPA, cheffe de service à BDO Solutions à l’endettement. De nombreux Canadiens sont aux prises avec des dettes de cartes de crédit. Sans plan pour les rembourser, ils risquent d’avoir de graves difficultés financières. » 

Des problèmes comme l’inflation et la hausse du coût de la vie, particulièrement les prix élevés de l’alimentation et de l’énergie, demeurent au sommet des préoccupations de 40 % des répondants. Chez les plus jeunes, c’est surtout l’abordabilité des logements qui inquiète : elle détrône toutes les autres sources de préoccupation pour 36 % des 18 à 34 ans. Que ce soit en raison de la flambée des loyers ou du coût des propriétés, de nombreuses personnes ressentent les contre-chocs de la crise de l’offre et de la demande sur le marché de l’habitation. 

Une confiance ébranlée par l’échiquier national et mondial 

L’instabilité des affaires intérieures – démission récente du premier ministre, prorogation du Parlement, retards dans l’adoption de politiques nécessaires – aggrave la confusion et l’inquiétude au sein de la population. Côté consommation, difficile de faire fi des tensions commerciales internationales. Les droits de douane imposés par les États-Unis suscitent de vives inquiétudes : quels seront leurs effets sur les entreprises canadiennes et, par extension, sur le marché du travail et l’économie du pays?  

« Notre marché de l’emploi se portait bien lorsque ces tensions sont apparues, mais les retombées potentielles du retour des conflits commerciaux demeurent un risque sérieux pour des gains futurs sur ce plan », précise David-Alexandre Brassard. 

La croissance des salaires a reculé sur 12 mois et s’établit désormais à 3,5 %, signe d’une baisse des pressions inflationnistes liées aux salaires. Il s’agit certes d’une bonne nouvelle, mais la menace d’un impact plus vaste des droits de douane plane toujours sur la stabilité des secteurs qui reposent sur le commerce et sur les possibilités d’emploi connexes, fait observer David-Alexandre Brassard. 

« Dans ce conflit qui ne montre aucun signe d’essoufflement, nous continuons de surveiller les effets de la politique commerciale offensive du président Trump, dont les fabricants canadiens et les travailleurs qu’ils emploient pourraient faire les frais. » 

Une grande prudence financière motivée par l’inflation et l’insécurité 

Bien que l’inflation soit un des moteurs de la prudence financière, l’incertitude croissante joue également pour beaucoup dans la décision d’assurer son avenir financier.  

« Les Canadiens se préparent aux pires scénarios et adaptent leurs plans financiers pour se prémunir contre d’éventuels ralentissements », explique Li Zhang, chef du développement de la littératie financière à CPA Canada.  

Si les préoccupations sont généralisées, l’enquête révèle un contraste intergénérationnel en matière de résilience financière. À peine 22 % des Canadiens de 55 ans et plus se disent plus confiants à l’égard de leurs finances que l’an dernier, comparativement à 35 % des répondants plus jeunes. 

« Malheureusement, ce fossé générationnel montre à quel point des personnes plus âgées estiment avoir une situation financière fragile. Elles sont nombreuses à craindre une épargne-retraite insuffisante ou des coûts de soins de santé trop élevés », poursuit Li Zhang. 

La population a beau ajuster ses dépenses, un écart important demeure au chapitre de la préparation financière. Bien des gens ne semblent pas savoir que, même si l’inflation ralentit, il est peu probable que les prix reviennent à la « normale ». 

« Au sujet de l’inflation et de l’augmentation du coût de la vie, il faut se rappeler qu’en général, les prix ne baissent pas, souligne Li Zhang. Si le prix d’un sac de maïs congelé est passé de 1,99 $ à 2,99 $, il restera à 2,99 $ même si l’inflation baisse. C’est la nouvelle réalité, et les consommateurs doivent en tenir compte dans leur planification financière. » 

La littératie financière, socle d’une stabilité durable 

Devant les contraintes financières, des choix difficiles s’imposent parfois. Malgré des niveaux considérables d’endettement à taux élevé au pays, seulement un quart des répondants à l’enquête de CPA Canada accordent la priorité au remboursement des dettes, et pourtant, 14 % d’entre eux continuent à épargner. 

« Certaines personnes croient qu’elles doivent épargner à tout prix, même lorsqu’elles paient plus de 20 % d’intérêt sur le solde d’une carte de crédit, se désole Li Zhang. Ce n’est pas un calcul rationnel, mais l’argent a un aspect affectif indéniable. Il est devenu normal, au Canada, d’être endetté, et de nombreuses personnes misent sur l’épargne alors qu’il serait plus judicieux sur le plan financier de rembourser leurs dettes. » 

Dans un contexte marqué par l’angoisse économique, la littératie financière et une gestion stratégique de l’endettement sont devenues plus cruciales que jamais. La réduction des dépenses peut procurer un soulagement à court terme en atténuant des pressions immédiates, mais les experts de CPA Canada conseillent d’adopter une vision à long terme de la santé financière. Pour assurer sa stabilité financière, il ne suffit pas de réduire les coûts et d’épargner davantage : il faut aussi gérer ses dettes de façon proactive et se préparer à un avenir incertain.

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